Pour sauver l’éléphant d’Afrique, il faut lutter contre la pauvreté et la corruption

Les éléphants d’Afrique sont menacés d’extinction. Leur nombre ayant diminué d’un tiers en sept ans seulement, il en reste aujourd’hui moins de 350 000 à l’état sauvage. Et leur nombre décroissant n’est pas seulement le sujet de préoccupation des documentaires sur la nature – ils jouent un rôle vital en aidant la vie végétale à prospérer, en creusant des trous d’eau et en améliorant les conditions de recherche de nourriture pour les autres animaux.

En 2011, les taux de braconnage ont atteint un niveau record, avec 10% de tous les éléphants du continent tués en une seule année. Heureusement, notre nouvelle recherche, publiée dans Nature Communications, révèle que le taux de braconnage a depuis diminué, oscillant autour de 4 % en 2017.

Cependant, cette baisse n’est pas suffisante – aux niveaux actuels de braconnage, l’éléphant d’Afrique pourrait encore être quasiment éteint dans quelques décennies. Et ce, malgré les efforts considérables déployés pour faire respecter la loi et la législation visant à interdire le commerce de l’ivoire. Nos résultats suggèrent que si nous voulons sauver l’éléphant d’Afrique, nous devrions commencer à orienter les ressources vers des approches moins traditionnelles.

Ralentissement de l’économie, diminution du braconnage

La baisse du braconnage par rapport aux niveaux de 2011 est probablement due à une diminution de la demande d’ivoire en Chine et en Asie du Sud-Est – mais les raisons de cette baisse ne sont pas évidentes. Il serait facile de supposer que l’interdiction du commerce de l’ivoire en Chine et les importantes campagnes de soutien menées par des célébrités en sont responsables, mais les dates ne concordent pas – l’interdiction du commerce n’a été annoncée qu’en 2015 et n’a pas pris effet avant 2017.

Une nouvelle approche

La chose la plus importante que nous puissions faire pour réduire le braconnage est d’empêcher les gens de commencer à braconner. Traditionnellement, l’application de la loi a été considérée comme la pierre angulaire des stratégies de réduction de l’offre, ce qui a conduit à des opérations anti-braconnage de plus en plus militarisées. Mais si l’application de la loi explique en partie les grandes variations des taux de braconnage d’un site à l’autre, le niveau de pauvreté et de corruption dans la région est un corrélat bien plus important.

Pour de nombreuses personnes impliquées dans le braconnage en Afrique, l’ivoire d’un seul grand éléphant peut être vendu bien plus cher que ce qu’elles ont la moindre chance de gagner en une année entière. Et comme les éléphants pillent régulièrement les cultures et tuent des membres de la communauté, même les personnes non impliquées sont souvent ambivalentes, ce qui est compréhensible, quant à la lutte contre le braconnage.

Cela ne veut pas dire que nous devons cesser d’investir dans l’application de la loi. La simple présence de quelques rangers dissuade de nombreux braconniers et constitue une stratégie extrêmement utile. Mais les braconniers les plus professionnels ne seront dissuadés que par une équipe de terrain nombreuse, bien entraînée et bien équipée, ce qui n’est tout simplement pas pratique dans des sites qui couvrent des superficies supérieures à celles de petits pays européens. Nos résultats suggèrent qu’une partie de l’énorme somme d’argent dépensée pour ce type d’opérations pourrait être mieux utilisée pour des interventions liées à la pauvreté et à la corruption.

Bien sûr, réduire la pauvreté et la corruption n’est pas non plus une tâche simple. Certaines organisations de conservation ont essayé d’offrir des incitations financières aux communautés pour qu’elles jouent un rôle actif dans les efforts de conservation, mais ces programmes ont eu des résultats mitigés car les bénéfices en espèces sont souvent faibles ou ne sont pas partagés équitablement.

Nos résultats suggèrent que les bénéfices de la conservation peuvent résulter de toute réduction de la pauvreté, et pas seulement des programmes de développement directement liés à la biodiversité. Ainsi, les organisations de conservation pourraient chercher à investir, par exemple, dans la création d’usines offrant des emplois appropriés aux membres de la communauté, ou accorder des subventions aux membres de la communauté pour de nouvelles idées commerciales.

L’avantage important de cette approche est qu’en plus d’être une méthode efficace pour réduire le braconnage, elle placerait l’amélioration de la vie de milliers d’Africains au centre des priorités. Le bien-être des humains et celui des animaux sauvages ne sont pas des questions isolées. Le sort de toutes les espèces de la planète est étroitement lié, et plus tôt nous agirons en conséquence, mieux ce sera.

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