Les braconniers continuent de réduire les populations d’éléphants dans des proportions choquantes

Il est temps de prendre des mesures draconiennes.

Ces deux dernières semaines, des dirigeants du monde entier se sont réunis en Afrique du Sud pour un sommet mondial sur la faune et la flore sauvages afin de débattre de la réglementation du commerce des plantes et des animaux menacés d’extinction. Cet événement triennal, qui s’achève mercredi, a débouché sur de nouvelles protections pour des espèces telles que le pangolin et les requins. Mais certains pays sont déçus qu’un animal en voie de disparition n’ait pas bénéficié de nouvelles protections dont il avait désespérément besoin : l’éléphant.

La controverse survient dans le contexte du pire déclin de la population d’éléphants depuis des décennies. En sept ans seulement, 144 000 éléphants de la savane africaine, soit près d’un tiers de la population restante, ont été tués pour leur ivoire. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 350 000 à parcourir les plaines africaines.

Ce déclin rapide de la population d’éléphants d’Afrique s’est accompagné d’un effort sans précédent pour mettre fin à leur massacre. En effet, ces dernières années, les États-Unis, le Royaume-Uni et de nombreux autres pays ont lancé de nouvelles initiatives majeures pour tenter de renforcer les capacités des pays africains à protéger ces animaux. Malgré ces efforts, le déclin de la population d’éléphants s’est poursuivi.

Mettre fin au massacre des éléphants n’est pas seulement une question de sauvetage de cet animal emblématique. Il est nécessaire pour le bien-être économique et la sécurité nationale des pays d’Afrique et du monde entier. Il est temps que la communauté internationale prenne les mesures qui s’imposent pour arrêter les braconniers et mettre sous les verrous les gangs impliqués dans le massacre des éléphants et de ceux qui les protègent.

J’ai pu constater de visu que les ressources fournies par la communauté internationale ne sont pas à la hauteur de la portée et de l’ampleur du problème du braconnage. Au cours de mes années de travail pour protéger la faune sauvage au Kenya, j’ai appris à connaître des rangers courageux et leur travail difficile. Malgré les investissements réalisés, il faudra encore de nombreuses années pour former et équiper les rangers afin qu’ils puissent gérer la menace sophistiquée à laquelle ils sont désormais confrontés. Aujourd’hui, des criminels transnationaux, de plus en plus militarisés, sont impliqués dans le braconnage et le trafic d’espèces sauvages. Dans de nombreux cas, ces escrocs ont plus d’armes et sont mieux financés que les protecteurs, et ils sont rusés pour échapper à la loi.

J’ai également vu des projets de haute technologie en difficulté – des pièges à caméra aux drones – qui sont souvent bien intentionnés, mais qui ne sont pas en phase avec les conditions de basse technologie sur le terrain. Alors que ces types de projets attirent l’attention du grand public, les technologies avancées sont rarement intégrées dans le travail quotidien des gardes forestiers. Pendant ce temps, les gardes forestiers sont confrontés à des menaces de plus en plus graves, voire mortelles. Dans de nombreux parcs animaliers d’Afrique, la corruption est également endémique, aspirant les précieuses ressources consacrées au problème.

Au rythme actuel – un éléphant tué toutes les 15 minutes – les éléphants pourraient disparaître des savanes africaines dans 10 ans. Il faut maintenant prendre des mesures radicales si le monde veut mettre fin à l’extinction des éléphants. Il ne suffit pas de fournir plus d’argent ou de technologie aux gardes forestiers débordés. Au lieu de cela, le Conseil de sécurité des Nations unies devrait prendre la mesure sans précédent d’autoriser la création d’une force de protection pour sauvegarder ces animaux. Il existe déjà un modèle d’action audacieuse pour protéger les animaux non protégés.

En 2005, la doctrine de l’ONU sur la responsabilité de protéger, qui vise à prévenir les génocides, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité, a été approuvée à l’unanimité. L’un des principes fondamentaux de cette doctrine est que, lorsqu’un pays se révèle incapable ou peu désireux de protéger sa population, les autres nations ont la responsabilité d’intervenir et de protéger les civils en danger. Le Conseil de sécurité des Nations unies a le pouvoir d’approuver le recours à la force pour atteindre ces objectifs.

La même logique peut s’appliquer à la faune sauvage. Le déclin continu des populations d’éléphants démontre que certains pays possédant d’importantes populations d’éléphants sont, à l’heure actuelle, incapables de les protéger efficacement, bien qu’ils reçoivent un soutien pour le faire. Certains gouvernements sont même impliqués dans le braconnage, ce qui rend illusoire toute confiance dans leur véritable soutien.

La disparition des éléphants représente également un risque économique grave pour de nombreuses nations africaines qui comptent sur cette espèce populaire pour attirer les voyageurs et les entreprises dans leur pays. Certains des pays traversés par les derniers éléphants dépendent du tourisme pour 10 à 20 % de leur PIB. Selon l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies, l’Afrique est l’une des régions touristiques qui connaît la croissance la plus rapide au monde, et le safari est la forme la plus courante de tourisme animalier. L’extinction des éléphants ruinera le vaste potentiel économique encore inexploité du tourisme en Afrique et remettra en cause de manière significative le développement des régions les plus pauvres du monde.

S’attaquer à l’offre de cette crise n’est qu’une partie de la solution, c’est certain. La réduction de la demande d’ivoire dans des pays comme la Chine et des régions comme l’Asie du Sud-Est, ainsi qu’aux États-Unis, est également une solution essentielle au problème du braconnage. Mais dès maintenant, et pour les années à venir, nous devons mettre l’autorité de la communauté internationale entre les braconniers et ces animaux sans défense.

Le temps est venu de lutter contre le braconnage, ou de faire face aux conséquences irréversibles sur la sécurité nationale et naturelle de la mort insensée du dernier éléphant.

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