“Trop d’éléphants” en Afrique ? Voici comment la coexistence pacifique avec les communautés humaines peut aider.

La population d’éléphants d’Afrique s’est effondrée, passant d’environ un million d’individus en 1970 à environ 400 000 aujourd’hui – un déclin largement imputé au braconnage pour leurs défenses en ivoire. À son apogée, en 2011, le braconnage a fait 36 000 victimes par an, soit un éléphant toutes les 15 minutes.

Nous sommes nombreux à connaître ces statistiques grâce aux campagnes visant à mettre fin au commerce de l’ivoire. Mais alors que notre attention se concentre sur le braconnage, une menace sans doute plus importante pour les éléphants d’Afrique est apparue. Pendant que la population d’éléphants d’Afrique s’effondrait, sa population humaine explosait. Le nombre de personnes vivant en Afrique a doublé depuis 1982, atteignant un milliard en 2009, et devrait encore doubler d’ici 2050.

Pour nourrir et loger cette population croissante, les habitats naturels ont été fragmentés par des routes et des voies ferrées et des pans entiers ont été convertis en terres agricoles et en habitations. En conséquence, les éléphants d’Afrique ont été confinés dans des poches de terre de plus en plus petites et isolées. Il est très possible que l’avenir de tous les éléphants d’Afrique ressemble à ce que l’on observe actuellement en Afrique du Sud.

Ici, les éléphants sont en grande partie confinés dans de petites réserves clôturées, séparées par de vastes paysages dominés par l’homme. Les éléphants ne peuvent pas se disperser hors de ces réserves, mais la protection relative dont ils bénéficient à l’intérieur de celles-ci a entraîné une augmentation de leurs densités. À tel point que, contrairement au discours sur “l’extinction des éléphants” auquel nous sommes habitués, certains considèrent que les réserves d’Afrique du Sud comptent “trop d’éléphants”.

An excess of elephants?

Les éléphants jouent un rôle crucial dans les écosystèmes des savanes africaines en tant que disperseurs de graines. Leurs excréments recyclent des nutriments précieux et, en se nourrissant d’arbres, ils maintiennent la matrice de bois et de prairies de la savane et la biodiversité qu’elle abrite.

Toutefois, sur des périodes prolongées, les fortes densités d’éléphants peuvent réduire la couverture arborée, ce qui entraîne un rétrécissement des zones boisées et une expansion des habitats de prairie. Cela peut menacer les espèces qui broutent, comme le rhinocéros noir et le bushbuck, pour qui les arbres fournissent nourriture et abri.

La gestion des éléphants pour prévenir la modification des habitats et préserver la biodiversité a une longue histoire. Les programmes d’abattage se sont poursuivis jusqu’à la fin du XXe siècle et n’ont pris fin dans le parc national Kruger qu’en 1994. L’abattage reste un “dernier recours” pour gérer les éléphants en Afrique du Sud et des appels ont été lancés récemment pour reprendre les opérations d’abattage au Botswana.

Les abattages ont maintenant été largement remplacés par des approches non létales, notamment le transfert des éléphants vers d’autres zones et les contraceptifs pour réduire les taux de natalité.

Cependant, toutes les interventions de gestion entraînent un certain degré de stress pour les éléphants. L’utilisation d’anesthésiques comporte toujours un petit risque et les contraceptifs hormonaux peuvent modifier le comportement de l’éléphant.

La question fondamentale concernant l’avenir des éléphants d’Afrique est de savoir si nous sommes prêts à leur permettre d’exister uniquement là où ils sont fortement gérés. Si c’est le cas, il faudra poursuivre les recherches pour comprendre les moyens les plus efficaces et les plus éthiques de gérer les éléphants. Dans le cas contraire, la solution pourrait être d’accorder plus d’espace aux éléphants aux côtés des communautés humaines.

Épargner ou partager

Cela se résume à un vieux débat : épargner les terres ou les partager. L’épargner signifie séparer les habitats sauvages vierges des zones d’activité humaine, tandis que le partager implique de maintenir la biodiversité dans les paysages partagés par les humains. Mais quelle est la meilleure solution pour la conservation ?

L’Afrique du Sud nous montre ce que le partage des terres signifie pour les éléphants : une gestion coûteuse et permanente dans des réserves densément peuplées. L’approche alternative de partage des terres donne aux éléphants un plus grand accès aux paysages d’Afrique, mais repose sur la coexistence entre les hommes et les éléphants.

Actuellement, les systèmes de partage des terres en dehors des parcs nationaux et des réserves d’Afrique sont fragiles. Les interactions entre les hommes et les éléphants peuvent menacer la vie des deux parties, mais des stratégies existent pour favoriser la coexistence.

Au cœur de toutes ces stratégies, il est entendu que les humains doivent tirer des avantages évidents du partage de l’espace avec les éléphants. Les revenus des touristes qui paient pour voir des éléphants peuvent fournir des emplois directs, mais des programmes d’éducation sont également nécessaires pour aider les gens à comprendre comment les éléphants profitent à l’ensemble de l’écosystème.

Les moyens de subsistance autres que l’agriculture doivent être encouragés afin de réduire les pressions sur les habitats et la faune sauvage tout en fournissant des revenus stables face à des environnements changeants. Une gestion et une planification réfléchies des terres devraient garantir la protection des habitats vitaux des éléphants.

Des groupes à travers l’Afrique travaillent déjà sur des solutions permettant d’atteindre cet objectif. Outre le tourisme, des projets ont vu le jour pour tirer des revenus des éléphants sans leur nuire ou nuire à l’environnement, comme la production de papier et de cadeaux à partir d’excréments d’éléphants.

L’organisation caritative Save the Elephants enseigne aux enfants de la région les avantages d’une vie en harmonie avec les éléphants et des organisations telles que l’Amboseli Ecosystem Trust ont commencé à travailler avec des défenseurs de l’environnement, des politiciens et des communautés locales pour planifier les moyens de parvenir à la coexistence.

Le partage des terres entre les humains et les éléphants dépendra de ce type de collaboration entre les gouvernements, les groupes de conservation et les communautés locales. Si les gens veulent plus pour les éléphants d’Afrique que l’enfermement dans des réserves lourdement gérées, alors tout le monde doit être consulté. Ce n’est qu’à cette condition que l’on pourra espérer une coexistence pacifique entre les hommes et les éléphants.

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