Pourquoi nous devons conserver les éléphants d’Afrique

L’Union internationale pour la conservation de la nature a récemment reclassé séparément les deux sous-espèces d’éléphants d’Afrique, plaçant les éléphants de savane dans la catégorie des espèces en danger et les éléphants de forêt dans celle des espèces en danger critique d’extinction. À l’occasion de la Journée mondiale de l’éléphant, Julien Nkono, écologiste de l’African Wildlife Foundation, explique ce que signifie ce reclassement et met en lumière les efforts déployés par l’AWF pour conserver les troupeaux restants.

Pourquoi les éléphants sont-ils si importants dans les écosystèmes naturels et pourquoi devons-nous veiller à ce qu’ils ne disparaissent pas ?


Les éléphants sont importants car ils participent au renouvellement des écosystèmes de forêt ou de savane par la dissémination des graines contenues dans leurs excréments. Ces graines germent rapidement en herbes, arbustes et arbres. De plus, certaines espèces végétales ont la particularité de ne bien germer que si elles passent par le tube digestif d’un éléphant. Les éléphants sont donc connus comme les jardiniers de la nature ou les ingénieurs des écosystèmes. Ils contribuent à maintenir les écosystèmes pour les autres espèces, et leur présence est un indicateur clé d’un écosystème prospère.

Quelle est la différence entre les éléphants de forêt et les éléphants de savane ?


Les éléphants de forêt sont généralement de plus petite taille, ont des oreilles ovales et des défenses droites. On les trouve principalement dans les forêts tropicales d’Afrique centrale. Les éléphants de savane, quant à eux, sont plus grands et leurs défenses sont courbées vers l’extérieur. On les trouve principalement en Afrique orientale et australe.

Que signifie, en termes simples, le reclassement des éléphants de forêt africains de la catégorie “en danger” à la catégorie “en danger critique d’extinction” ?


La catégorie “en danger critique d’extinction” est la catégorie la plus basse avant qu’une espèce ne soit déclarée éteinte. Cela signifie que les éléphants de forêt ne peuvent plus être chassés, capturés ou tués. Ils bénéficient désormais d’une protection totale et d’une attention particulière en matière de conservation, en fonction de leurs besoins. Par exemple, nous pouvons nous attendre à davantage d’études sur les éléphants de forêt, qui ont traditionnellement été éclipsés par leurs cousins de la savane.

Quelles sont les principales menaces qui pèsent aujourd’hui sur les éléphants de forêt en Afrique centrale ?
Les éléphants sont braconnés pour leur ivoire et ils perdent également leur habitat en raison de la conversion des terres résultant des activités humaines. En outre, les éléphants sont également confrontés à des conflits entre l’homme et la faune sauvage, où ils sont tués lors d’attaques de représailles par des êtres humains pour s’être aventurés sur des terres agricoles ou dans des maisons.

Donnez-nous quelques statistiques : populations d’éléphants, incidences enregistrées du braconnage, projections pour l’avenir ?


Selon l’UICN, le nombre d’éléphants de forêt africains a diminué de plus de 86 % en 31 ans, tandis que la population d’éléphants de savane africains a diminué de 60 % en 50 ans.

L’un des principaux facteurs de déclin de l’éléphant de forêt en République démocratique du Congo, par exemple, est dû à des années de conflit. Par conséquent, les inventaires de la faune effectués à Lomako en 2012 et 2015 n’ont pas permis d’estimer leurs densités absolues. Un inventaire est en cours, et nous verrons s’il sera possible d’estimer leur densité suite à l’augmentation des observations directes d’individus (rencontres directes et par pièges caméras) et de leurs indices (bouses et empreintes). Nous n’enregistrons pas encore d’incidences de leur braconnage en raison de la surveillance qui est faite dans leur zone de concentration. À l’avenir, AWF devra continuer à protéger et à conserver leurs habitats.

Comment AWF atténue-t-elle ces menaces ?


AWF collabore avec les communautés et les autorités gouvernementales pour créer ou étendre les habitats de la faune sauvage. Cela contribuera à réduire les conflits entre l’homme et la faune sauvage et donnera aux populations d’éléphants plus d’espace pour se développer. En outre, nous aidons à lutter contre le commerce illégal d’espèces sauvages à la source et à destination. En RDC et au Cameroun, nous travaillons avec des gardes forestiers employés par le gouvernement pour surveiller les populations d’animaux sauvages et les former et les équiper pour effectuer des patrouilles de sécurité afin de lutter contre le braconnage.

Nous travaillons également avec les communautés pour mettre en place des moyens de subsistance alternatifs durables afin de prévenir la surexploitation des ressources naturelles. Grâce au financement de partenaires de développement tels que l’Union européenne, l’Agence américaine pour le développement international et la Fondation Arcus, AWF soutient les communautés dans leurs activités d’agriculture respectueuse du climat, de valorisation des produits forestiers non ligneux et d’entreprises durables.

Dans les pays de destination en Asie, nous menons des campagnes pour interdire le commerce de l’ivoire et sensibiliser les gens à l’importance de maintenir les éléphants en vie. En outre, nous sensibilisons la population à l’inefficacité des défenses d’éléphant dans la médecine traditionnelle. Les défenses d’éléphant sont composées de dentine, tout comme les dents humaines, et elles n’ont aucune propriété curative.

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